Pierre Mounier, sur Blogo Numericus, analyse la situation nationale de l'Open Access à la suite de la conférence de presse publicisant la signature, le 6 juillet dernier, du protocole d'accord AO ("Protocole d’accord en vue d’une approche coordonnée au niveau national pour l’archivage ouvert de la production scientifique"). Le billet situe bien l'idiosyncrasie française par rapport à "l'état de l'art" anglo-saxon et montre comment les différences culturelles peuvent conduire à des dialogues de sourds.
Steven Harnad, qui réagissait dès novembre 2005 à la nouvelle des travaux préparatoires au protocole, en faisait un interprétation purement centraliste. Il est intervenu en juin dernier pour préconiser que le dépôt dans HAL ne fasse pas seulement l'objet d'une recommandation mais bien d'un mandat impératif, appelant en somme à un renforcement de l'approche centraliste, conformément à sa vision (largement partagée) de la particularité culturelle française.
La particularité française n'est pas purement culturelle, ou du moins cette particularité culturelle se décline concrètement par une répartition des moyens qui en concentre au niveau central (des organismes de recherche) une grosse partie, ailleurs distribuée au niveau local (des universités), répartition qui fait que les universités françaises qui se sont avancées sur la voie des archives institutionnelles ouvertes l'ont fait à partir d'une conviction, d'un engagement ou d'une orientation stratégique qui leur sont particulières.
Le protocole d’accord vise à prendre en compte cette diversité des engagements des universités françaises. L’objectif de rendre possible l’interopérabilité entre une archive locale et la plate-forme nationale est inscrite dans l’objet du protocole ("Cette plate-forme sera accessible soit par dépôt direct, par l’intermédiaire ou non d’une interface spécialisée, soit, le cas échéant par dépôt indirect à partir d’un système propre à l’établissement, permettant le transfert des données sur la plate-forme commune en respectant le modèle des données de celle-ci."). La version du protocole qui avait été diffusée sur le site du consortium Couperin annexait au texte du protocole lui même, identique au texte définitif diffusé sur le site du CCSD, une liste indicative d’actions qui pouvaient entrer dans le cadre du protocole. A lire cette liste, on voit que pour l’essentiel ces actions portent sur l’articulation entre les systèmes d’information locaux et HAL.
Si le protocole prend en compte la spécificité nationale en définissant un outil commun, il ne vise pas à déposséder les établissements de tout droit de regard sur la recherche produite en leur sein. Il leur donne les moyens de faire de HAL un outil à leur service... s'ils le veulent. Il serait sans doute dommage que le protocole d’accord soit pris par les universités comme une pure et simple délégation de la question des archives ouvertes au CCSD.

Commentaires